Mon précédent billet (ici) sur mes déboires avec les DRM de Microsoft a suscité beaucoup de réactions. J’ai reçu de nombreux de messages et je vous en remercie. Cependant, l’affaire a un peu tourné au débat idéologique et je ne voudrais pas qu’il y ait méprise : loin de moi l’idée d’incarner la rébellion numérique et la résistance à l’envahisseur redmondien armé de ses licences électroniques. Je me suis juste contenté de relater une mésaventure personnelle et de livrer en vrac quelques réflexions. La question des droits d’auteurs et de la protection intellectuelle est complexe et, personnellement, je me garderais bien d’avoir un avis tranché sur le sujet. D’autant que l’histoire a une suite : j’ai retrouvé ma précieuse musique légale !
Comment ? Tout simplement grâce au bon vouloir des vendeurs Fnac et Virgin. Il m’a suffit d’adresser un petit mail à chacune de ces enseignes (accompagnée d’un lien vers mon billet rageur, c’est vrai…) pour récupérer ma musique. En quelques heures à peine, mes licences ont été renouvelées et j’ai pu à nouveau écouter Division Bell (c’est vrai, ce n’est pas le meilleur album des Pink Floyd
. En apparence, donc, tout est bien qui finit bien. Pourtant, je reste perplexe. Que ce serait-il passé si ces maisons sérieuses ne s’étaient pas montré arrangeantes (au delà même de leur règlement officiel) ? Combien de fois m’accordera-t-on ce privilège ? Est-il normal de s’en remettre uniquement au bon vouloir du vendeur ?
En fait, je commence à comprendre. Comme l’ont écrit des internautes en commentaires à mon billet précédent : nous ne sommes pas propriétaires de la musique que nous achetons ! Tout cela ressemble plus à de la location déguisée. Si chaque fois que je modifie mon ordi je dois demander l’autorisation à la Fnac et à Virgin pour continuer à écouter ma musique, je n’ai plus vraiment l’impression d’être chez moi. Et si j’achète de la musique auprès, non pas de deux, mais d’une douzaine de cyber-marchands : devrais-je raconter ma vie à chacun d’eux chaque fois que j’installe un nouveau périphérique dans mon PC ? Demain, faudra-t-il demander la permission pour changer de papier peint chez soi ou pour acheter une nouvelle voiture (mince, la nouvelle Golf ne gère pas les DRM 10 !) ?
Le site de VirginMega précise que si l’on rencontre un problème de DRM, il faut leur écrire et qu’un technicien prendra contact (ce qui s’est passé pour moi). Sur FnacMusic, on conseille de réaliser à l’avance des copies de sauvegarde sur CD par précaution (ce qui revient à contourner les DRM conformément à la prise de position de la Fnac depuis le début sur ce sujet). En informatique, il y a toujours une solution, c’est vrai, mais toutes celles-là me paraissent quand même sacrément compliquées. Si l’on en vient aux échanges de courriers pour un oui ou pour un non, on ne va pas en finir ! Il ne manquerait plus que la Sécu et le Fisc s’en mêlent et ce sera complet : il faudra une analyse ADN pour écouter le moindre single !
la musique que j’ai achetée dans mon bureau !
Bon, faisons contre mauvaise fortune bon coeur. J’ai retrouvé ma musique et je peux en jouir paisiblement, c’est l’essentiel. Tiens, je vais écouter Ryan Adams (disparu lui aussi dans le naufrage des DRM puis récupéré) sur mon Media Center c’est-à-dire sur ma chaine home-cinéma dans mon salon plutôt que sur mon PC de bureau. Mais là !… Argh ! CA NE MARCHE PAS ! Tel le monstre du Loch Ness, voici que ressurgit l’une de ces fenêtres maudites (signée Virgin, celle-là) avec le message : « Vous avez déjà acquis toutes les licences associées à ce titre et patati et patata…« .

Allons bon ! Encore ces p… de licences ! J’apprécie particulièrement la troisième hypothèse envisagée par le monstre froid qui gère mes DRM dans les tréfonds de ma machine : « Vous n’êtes pas le propriétaire de ce titre« . Ben voyons ! C’est sûr, tiens, peut-être que je n’en suis que l’usufruitier ? Ou bien le voisin qui passait par là ? Où le simple légataire ? Si ma femme voit ça elle va se demander où je m’approvisionne en musique. C’est la guerre des couples que vous voulez Monsieur Microsoft !
Ok, j’ai compris, la plaisanterie continue. Je ne peux pas écouter dans mon salon la musique que j’ai achetée dans mon bureau ! Entre les deux il y a une sorte de mur infranchissable. Apparemment, je dois payer une licence par morceaux et par pièce dans la maison ou du moins pour chaque PC connecté. Faut-il un extrait d’acte de naissance et ma pointure de chaussettes ? Soyons sérieux. Les ayant droits ont-ils vraiment voulu cela ? Savent-ils que leur musique devenue virtuelle est quasi inutilisable dès lors que l’auditeur ne correspond plus au modèle standard défini par les professionnels du logiciel et de la musique réunis. Une fois de plus, je m’en retourne à mes MP3 non protégés. Que voulez-vous…
Je n’ose même pas imaginer ce qui se passerait si je voulais DONNER quelques chansons que je croyais miennes à un ami ou à mes enfants. Fini, le plaisir de léguer la musique que l’on aime à ceux qu’on aime. Allez-donc expliquer à votre gamin qu’il doit d’abord s’identifier auprès du Politburo de Virgin et de Fnac pour pouvoir utiliser le cadeau que vous lui remettez la larme à l’oeil… Il préfèrera s’en retourner vers la StarAc qui tourne en boucle sur les téléphones mobiles en vous prenant pour un vieux naze.
Dans le fond, faisons notre autocritique. Et si c’étaient nous, benêts utilisateurs que nous sommes, qui avions une vision passéiste des choses ? Finalement, la notion de possession en ce qui concerne les biens culturels n’est-elle pas désuète ? La rançon de la profusion (offerte par le numérique) n’est-elle pas logiquement la dépossession physique des produits ? Aujourd’hui, les réseaux permettent d’écouter toutes les musiques que l’on veut à tout instant alors pourquoi vouloir à tout prix en conserver un exemplaire physique sur son disque dur ? Le service MusicMe (www.musicme.com) qui vient d’être lancé en France consacre cette idée. Il s’agit du premier service hexagonal de « location » de musique (sur le modèle de Napster et de Yahoo ! Go aux Etats-Unis) : tant que vous payez, vous pouvez écouter tout ce que vous voulez mais dès que vous cessez de verser votre obole le robinet à musique s’arrête. Les chansons en tant que telles n’ont plus de valeur marchande et ce n’est que leur utilisation qui est facturée.
Cette idée n’est pas facile à accepter car elle est en rupture totale avec nos habitudes de consommation. Il faut dire que personne du côté de l’industrie du disque n’a encore osé nous présenter clairement les choses de cette manière ! Mais si c’est le modèle vers lequel il faut tendre, après tout, pourquoi pas ? Il est évidemment indispensable que les artistes et producteurs puissent continuer à être rémunérés. Le problème, c’est que le consommateur devra payer à tous les étages : pour écouter de la musique, puis pour l’écouter dans plusieurs pièces de sa maison et ensuite pour l’écouter en voiture, etc. Dis donc, M’sieur Cadbury, cela ne risque pas de coûter beaucoup plus cher au final que par le passé ? Comment feront ceux qui n’ont pas les moyens ?
Bon, allez, là je sens que je glisse sur un tout autre débat alors mieux vaut s’arrêter là…




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