Avant, c’était le bon temps. Du moins pour les industriels et les majors. Ces honorables professionnels décidaient quels outils technologiques nous avions le droit d’utiliser (disques vinyles, cassettes VHS ou radio FM…) et ce que nous avions le droit de faire avec (enregistrer, copier, diffuser…). Seulement voilà, une petite révolution technique est passée par là, elle s’appelle « numérisation », et un monstre tentaculaire a vu le jour : Internet. Aujourd’hui, les industriels continuent à inventer les outils (ADSL, Blu Ray, MP3…), certes, mais les utilisateurs font ce qu’ils veulent avec.
Thomson et l’institut Franhaufer créent le MP3 ? Paf, des rigolos s’en servent pour mélanger leurs discothèques par Internet. Les opérateurs font grimper les débits ADSL ? Bing, les séries télé américaines envahissent le Net dans le dos des chaînes françaises. Les majors du disque imposent des DRM ? Toc, les consommateurs boudent l’achat de musique et se rabattent sur de nouvelles pratiques que l’on nomme piratage. Seul Apple a réussi à formater une offre fermée mais cohérente et conviviale qui séduit le consommateur en prouvant qu’une nouvelle économie de la culture est possible. On pourrait citer encore les SMS ou les blogs dont personne n’avait prévu ni organisé le succès.
Tout cela, Laurent Michaud, spécialiste des loisirs numériques à l’Idate, avec qui je discutais hier au téléphone, le résume d’une phrase à méditer :
« Avant le numérique, les industriels formataient les usages. Depuis le numérique, ce sont les usagers qui formatent les industries« .
Ecouter l’interview de Laurent Michaud concernant le Blu Ray vs la dématérialisation des contenus.
Un jour, les films sortiront simultanément au cinéma et en VOD* par Internet. C’est sûr ! Il suffira de cliquer sur sa télécommande pour recevoir instantanément n’importe quel long métrage tout beau tout neuf sur son plasma en même temps que les spectateurs en salles. Finie, la frustration d’entendre parler dans les médias de blockbusters que l’on ne voit jamais faute de temps à cause du boulot et des enfants ! Finies, les copies pourries doublées en québécois téléchargées illégalement faute de mieux… Mais quand ? Malheureusement, ce jour technologiquement béni semble encore bien loin.
Je viens de lire un article du journal « Chronic’art » consacré au livre « Les Netocrates » d’Alexander Bard et Jan Söderqvist (Ed° Léo Scheer). C’est un peu « prise de tête », comme dirait ma cousine du Poitou (si j’avais une cousine dans le Poitou…). Jugez plutôt : « Internet est le fils naturel de Proudhon et de Bakounine » ou encore : « la Netocratie achève la réalisation historique de l’individualisme (…) et met en question les fondements (…) du capitalisme« . Tout ça pour dire, en résumé, qu’Internet change pas mal de choses dans la vie de tous les jours et qu’il y a même des communautés virtuelles et que certains adhèrent plus vite que d’autres au changement. Sans blague ? Il est certain qu’Internet n’appartient pas aux informaticiens et il est bon que les intellectuels mettent un peu de sens dans tout cela mais ce n’est peut-être pas une raison pour en faire un pataquès verbeux pseudo visionnaire, non ? Je pense à tous ces « geeks » qui bricolent leur code PHP accrochés à leur FTP sous Linux… J’ai comme l’impression que la chute du capitalisme pour cause de « réseaux sélectifs et de réputation dématérialisée » ne va pas améliorer le temps de réponse de leurs requêtes MySQL… Et sans SQL point de post-capitalisme ! Bon. Je n’ai pas encore lu ce livre soi-disant « culte » mais je m’y mets tout de suite. C’est que ça donne envie « Chronic’art » !


