Le gouvernement s’est-il laissé surprendre par l’ampleur de la « l’affaire Hadopi » ? On a assisté hier soir à l’Assemblée Nationale, avec la reprise de la discussion sur le projet de loi, à un affrontement comme on en n’avait pas vu depuis longtemps ! Aujourd’hui, on se demande comment cette « petite loi de rien du tout », portant sur une histoire d’ordinateurs et d’ados attardés, qui aurait du passer comme une lettre à la poste, se retrouve à deux doigts du fiasco politico-numérique ?
Christine Albanel et Nicolas Sarkozy ont-ils sous-estimé le danger ?
Certains mettent en avant le manque de « culture Internet » du président de la République et de la ministre de la Culture. Il est vrai que les promoteurs de cette loi semblent être dans une logique « classique » pouvant se résumer ainsi : des méchants, une loi, des sanctions et la vie continue. Le problème, c’est que ce qui fonctionne bien avec des délits traditionnels fonctionne moins bien avec les échanges de fichiers sur Internet. On n’imagine mal des dealers ou des violeurs défiler dans la rue et ouvrir des blogs pour protester contre une loi sanctionnant les dealers et les violeurs. Avec Hadopi, c’est moins simple. Les « méchants » refusent l’étiquette de fraudeurs et plaident pour un changement de société.
Les millions de prétendus « pirates » n’ont souvent aucune mauvaise conscience et se trouvent toutes les raisons du monde (musique et films trop chers, offres légales mal goupillées…) pour continuer à commettre leurs abominables méfaits. Pire, ils annoncent qu’ils vont continuer. En fait, ils sont dans un autre monde. Un nouveau monde dans lequel l’accès à Internet est un droit fondamental et où le respect de la confidentialité des connexions est un principe. Un nouveau monde où le Net ne remplace pas les magasins de disques et les vidéo-clubs mais plutôt la radio et la télé. Dans ce cas, pourquoi vouloir transposer le modèle classique de l’épicerie où les chansons et les films sont vendus comme des oranges à un prix unique et à l’unité ?
Certes, les députés de gauche qui mènent la fronde à l’Assemblée jouent sur du velours car ils ont bien compris qu’ils avaient une bonne partie des internautes-électeurs de leur côté. A l’inverse, les élus de la majorité ont – tardivement ? – flairé le danger que commence à représenter ce dossier miné. Certains pensent – et espèrent – que Nicolas Sarkozy pourra encore tenter une sortie par le haut en transformant l’affaire Hadopi avant qu’Hadopi ne se transforme en échec. A voir…
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