Amazon rend disponible aujourd’hui en France son livre électronique Kindle. Problème : il n’y a aucun contenu disponible en Français à part Le Monde et Les Echos, uniquement le catalogue américain. Visiblement, les éditeurs européens ne semblent pas pressés d’exploiter ce nouveau média qui leur fait peur. Explications généralement avancée : on attend qu’il y ait des lecteurs. Or, justement, les lecteurs, eux, attendent, qu’il y ait des contenus. Bref, la poule et l’oeuf…
Au délà de la question tarte à la crème « le livre électronique va-t-il remplacer le papier », se pose surtout la question de l’émergence d’un modèle économique pour le livre dématérialisé. Que ce soit sur un terminal dédié type Kindle ou sur un smartphone comme l’iPhone, il est certain que le livre virtuel va finir par s’imposer. Les ordinateurs servent déjà à envoyer des messages, à lire les infos, à regarder des vidéos, à écouter de la musique et l’on ne voit vraiment pas pourquoi ils ne serviraient pas aussi à lire des romans, des essais ou des manuels scolaires (personnellement, je n’ai aucune nostalgie du papier et j’ai lu l’été dernier La Toile sur iPhone, c’est très agréable).
Malheureusement, les éditeurs et les libraires – qui affirment pourtant se préparer à cette révolution depuis des années – ne bougent pas. Rien ne sort (à part de vieux écrits tombés depuis longtemps dans le domaine public qui n’intéressent plus personne). Ce que l’on aimerait, ce sont de nouveaux livres ! Des essais publiés prioritairement en version électronique ! Pourquoi toujours envisager le livre numérique comme une adaptation de livres papier déjà parus ?
Au fond, qu’est-ce qui empêchera, bientôt, un auteur de publier lui-même son livre électronique comme on publie un blog ou un podcast ? Et comme dans ce livre il y aura peut-être des liens hypertextes, des images et des vidéos voilà qui amène à se poser la question : qu’est-ce qu’un livre ? Qu’est-ce qu’un éditeur ? Un libraire ? A quoi serviront ces métiers lorsque chaque internaute sera devenu un auteur lâché sur les plateformes numériques ? Et qui va créer la grande librairie en ligne – l’iTunes du livre - où chacun pourra aussi bien acheter que publier ? Qui va s’y coller ? Apple ? Google ? Amazon ?
Comme les maisons de disques, les éditeurs peuvent légitimement s’interroger sur leur avenir. Ils auront sans doute encore une carte à jouer en terme de sélection et de promotion des oeuvres mais ils ne seront plus des passages obligés. Quant aux libraires, comme les vidéo-clubs et les magasins de jeux vidéo, ils vont devoir apprendre à vivre avec la dématérialisation. Ils pourront toujours vendre des versions papier pour les personnes plus âgées (ou pour les jeunes de 2050 qui trouveront ça « branché » comme aujourd’hui les vinyles) ainsi que des « beaux livres » et sans doute beaucoup de produits dérivés.
La dématérialisation ne fait pas de cadeau mais s’y opposer semble un combat perdu d’avance.




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